Accident Lubrizol : notre tribune dans le CREA Mag de mars 2013

L’accident survenu le 21 janvier à Lubrizol, ressenti jusqu’à Paris et en Angleterre, nous rappelle que les risques industriels ne sont jamais totalement maîtrisés.

Lors de cette crise, la Préfecture a totalement failli dans son obligation d’information des citoyens. La communication a été tardive, partielle et plus de 15 jours après l’accident, la nature exacte des produits chimiques diffusés dans l’atmosphère n’était toujours pas connue.

L’Etat doit revoir complètement ses procédures d’alertes.
Dans l’intervalle deux enquêtes ont été ouvertes, l’une administrative l’autre judiciaire pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Espérons qu’elles pourront faire toute la lumière sur la nature de l’accident, ses causes et conséquences en matière de santé publique.

Les pouvoirs publics ont un devoir de transparence envers les habitant-es de notre agglomération mais aussi des 300 salarié-es qui travaillent tous les jours au sein de cette entreprise.

A ce jour la poursuite d’activité de Lubrizol ne peut se faire qu’à condition que l’ensemble des risques soient connus, les investissements de mise en sécurité réalisés aux frais de l’entreprise, et les habitant-es informé-es, avec une vraie politique de gestion des risques, au-delà de Lubrizol, mise en place par l’Etat avec le soutien et le contrôle des collectivités locales.

Pour le groupe des élu-es EELV de la CREA,
Le Président,
Cyrille Moreau

Publicités

La lettre de Mme Bérégovoy au Préfet de Haute-Normandie

La lettre de Véronique Bérégovoy, vice-présidente à l’environnement de la Région, adressée ce jour au Préfet de Haute-Normandie sur la catastrophe industrielle survenue sur le site de Lubrizol – Rouen :

ROUEN, le 22 Janvier 2013

 » Monsieur le Préfet,

En tant que Vice-présidente à l’environnement de la Région Haute-Normandie, j’ai eu la charge de co-piloter l’élaboration du Plan Régional de la Qualité de l’Air (PRQA) et plus récemment avec vos services le Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE) en cours d’enquête publique.

A ce titre, confrontée à ce que vous qualifiez « d’incident » survenu sur le site de l’usine Lubrizol dans l’agglomération rouennaise, j’ai essayé d’obtenir des informations pour apprécier la nature du risque concernant cet accident.

Force et de constater qu’il m’a été difficile d’obtenir une information claire et précise et que les quelques éléments portés à ma connaissance ont rapidement été remis en cause par l’évolution des évènements.

J’en conclu que nos concitoyens et en particulier les habitants de la CREA ont du se trouver fort démunis face à cette situation. Cela souligne la défaillance des pouvoirs publics en matière d’information et de transparence sur un accident industriel.

D’ailleurs, je me permets de porter à votre attention que le Mercaptan n’est pas aussi inoffensif que les communiqués de la Préfecture ont bien voulu laisser entendre. En effet, par la voix de votre Directrice de cabinet, vous communiquez sur le fait qu’il n’y a aucun danger et que le niveau de pollution mesuré est très inférieur au seuil d’alerte de 100 ppm. Alors que dans le même temps vous précisez que les niveaux de gaz mesurés en sortie de cheminée sont déjà à 80 ppm ce qui vient contredire vos déclarations rassurantes.

J’en suis d’autant plus inquiète que la fiche toxicologique du Mercaptan précise qu’il est toxique par inhalation. En outre, même lorsque celui-ci est présent en deçà des seuils d’alerte, il est particulièrement incommodant pour les personnes les plus sensibles et notamment celles souffrant d’affections respiratoires et cutanées chroniques. N’oublions pas non plus que notre société compte de plus en plus de personnes ayant développé une ultra-sensibilité à l’exposition aux produits chimiques.

Aussi, Monsieur le Préfet, ce n’est pas parce que le danger n’est pas mortel qu’il ne faut pas prendre de précautions: le Ministère de l’Intérieur aurait dû appeler à la vigilance et demander aux riverains et aux personnes sensibles de rester confinées chez elles pour ne pas saturer les pompiers d’appels – à juste titre – anxieux.

Par conséquent, je vous demande solennellement de bien vouloir en toute transparence informer l’ensemble des pouvoirs publics et habitants des communes exposées à cette fuite de gaz.
Nous sommes en droit de connaitre le déroulé exact de cet accident, son origine, sa nature, les risques auxquels la population est exposée, les mesures qui seront prises pour que cela ne se reproduise pas.

Dans l’attente de votre réponse,

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Préfet, mes salutations respectueuses.

Véronique BEREGOVOY »