SCOT et contournement Est : l’heure du plan B…

[Intervention de Cyrille MOREAU au Conseil de CREA du 29 juin 2012 pour les délibératiuons 9 et 10 concernant le PADD et le SCOT ]

Au Conseil de ce 29 juin est présenté le PADD, Projet d’Aménagement et de Développement Durable.

On peut y saluer au final une certaine prise en compte des enjeux environnementaux et de développement durable local, que les élu-es EELV de la CREA n’ont eu de cesse de défendre en commission d’urbanisme ces deux dernières années, où des visions de développement se sont confrontées et des consensus ont émergé.

Néanmoins, des contradictions demeurent, et au delà du contexte international instable, marqué par la conjonction des crises sociale, économique, financière, démocratique et écologique, nous avons le devoir de fixer un cap et des priorités pour offrir les meilleures conditions de qualité de vie à nos concitoyens.

On ne peut pas reproduire le schéma de développement des précédentes décennies, qui a conduit à l’étalement urbain et ses conséquences : diminution de pouvoir d’achat des ménages touchés par l’augmentation du prix du pétrole,  affaiblissement du commerce de proximité au profit des grandes surfaces périphériques, fermeture de nombreux services publics suite à la baisse des densités de population perte d’attractivité de notre territoire.

Nous écologistes, défendons un modèle de ville viable avec un centre multipolaire relié par les transports collectifs aux pôles intermédiaires, eux-mêmes connectés à des centres bourg ruraux renforcés, et entre ces polarités des espaces agricoles et naturels protégés.

– Ce modèle nécessite un ambitieux programme de maitrise foncière et une réorganisation fonctionnelle de notre territoire où l’habitat, le commerce, les services, l’activité économique et de loisirs s’harmonisent autour de transports en commun adaptés.

Sans maitrise foncière publique, on ne pourra construire les logements au sein de notre agglomération sans entraîner une envolée des prix de l’immobilier, condamnant les ménages modestes et moyens à rester en périphérie.

Sans maîtrise foncière publique, on ne pourra relancer une dynamique de développement économique conciliant un pôle tertiaire majeur en cœur d’agglomération et des pôles d’excellence industriels tournés dans les secteurs de l’économie verte autour des nœuds logistiques.

Deux mises en garde viennent compléter notre analyse du PADD :

– D’une part, on ne doit pas trop miser sur un développement exogène de notre agglomération, en « mettant tous nos œufs dans le même panier » avec une politique de rayonnement, d’attractivité, de grandes infrastructures, mais plutôt rechercher l’équilibre en favorisant en parallèle un développement local ou endogène s’appuyant sur la diversification et l’intégration des activités existantes. Les villes qui ont connu le plus fort développement économique et démographique de ces vingt dernières années sont celles qui ont privilégié un développement endogène plutôt qu’un développement exogène.

– D’autre part, nous considérons que la place accordée au projet de contournement routier Est comme élément structurant de notre développement est une erreur stratégique. Nous en sommes convaincus, le projet de contournement routier ne se fera pas : l’Europe n’autorisera pas la France à faire passer une autoroute dans une zone Natura 2000. Il n’y a plus de modèle économique pour réaliser de telle infrastructures, Strasbourg[1] l’a prouvé récemment,  car les pouvoirs publics n’ont plus les moyens de les financer et les acteurs privés ne parviennent plus à lever les fonds nécessaires.

Ce contournement n’est pas la solution aux problèmes de déplacements sur notre agglomération -il ne permettrait qu’un report de 5% du trafic de transit- et en attendant nous ne répondons pas aux attentes des habitants et des acteurs économiques. Nous devons avoir une alternative prête si nous arrivons ici aussi aux conclusions de Strasbourg ! L’heure du plan B est venue et les élus EELV de la CREA demandent la modification du PADD avant la fin du processus d’élaboration du SCOT, intégrant un scénario alternatif au contournement routier Est afin que notre territoire soit en capacité d’appréhender son avenir.

[1] L’exemple récent de Strasbourg et du retrait de statut de concessionnaire pressenti à la société Vinci pour la réalisation d’un contournement routier ouest est à ce titre riche d’enseignement. Vinci s’est révélé incapable de boucler auprès des banques le tour de table financier pour lever les 750 millions € nécessaires. Le fait que le projet prévoyait une concession de 55 ans, c’est à dire jusqu’en 2067 a très certainement rendu les banques perplexes sur possibilité de garantir les trafics automobiles nécessaires à la rentabilité du projet à une époque où un pétrole abondant et bon marché aura depuis bien longtemps disparu.

Cyrille MOREAU,

Président du groupe des élu-es EELV de la CREA

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UNE MOBILITE ALLIEE A UN URBANISME RESPONSABLE

[Billet de Jean-Paul Camberlin, conseiller communautaire du groupe des élu-es Verts et apparenté-es de la CREA]

EXPLOITATION DU RESEAU DE TRANSPORT EN COMMUN – RAPPORT 2009 DU DELEGATAIRE

Pour mémoire, un contrat de concession de 30 ans (de 1995 à 2025) a été signé le 29 juin 1991 entre le SIVOM de l’époque et la « SOciété du METRo de l’Agglomération Rouennaise », pour la construction, l’exploitation et le financement du réseau METROBUS.

Quelques constats, remarques et propositions sur ce rapport annuel 2009 :

– Concernant l’affichage sur les bornes d’information via le SAE dans certaines stations : « Son impact pour la clientèle mérite d’être souligné » dit le rapport, et nous approuvons ce dispositif d’information des usagers, mais avec deux réserves : il est peu fiable actuellement ; il est pollué par une multitude d’informations sans rapport avec les transports en commun. En outre le temps d’affichage des messages des partenaires est trop long comparé à celui des informations concernant les usagers. Une modération de cette pratique serait la bienvenue.

– Concernant les lignes taxis : Une réflexion sur les lignes taxis semble nécessaire vu leur cout, et leur parfois peu de pertinence. Pour illustration la Ligne 35 (Maromme Canteleu) 24 rotations, avec un passage toutes les 20’ elle relève d’une desserte en bus standard, elle capte à elle seule la moitié des usagers des lignes T.

Concernant le V/K (nombre de voyages divisé par le nombre de km parcourus) :  De 10,6 pour le tramway, 4,4 pour TEOR, 1,7 pour les bus, pour mémoire il faudrait arriver à 13 pour un équilibre financier. La ligne 4 a un V/K proche de 4, ce qui montre la réussite d’une ligne desservant des quartiers denses et surtout plurifonctionnels (habitat, emplois, services) : un exemple à suivre pour la restructuration du réseau.

– Concernant Le vélo : il faut une montée en puissance des stations bus+vélos, et en faire la promotion, car l’information reste confidentielle.

– Concernant les fréquences : Au-delà de 10’ entre deux passages, le report modal ne se fait pas

Par exemple sur la ligne 11 en HCM (heures creuses du matin) ou HCS (heures creuses du soir) 24’, c’est dissuasif. Il faut revoir cette notion d’heure creuse et de période scolaire, qui ne semble plus adaptée aux pratiques de mobilité actuelles, quand on sait que le pic des HPS (heures pleines du soir) est en cours de lissage. De même pendant les vacances scolaires il faut prendre en compte la continuité du besoin de mobilité, tant chez les actifs que chez les scolaires.

– Concernant les lignes sous traitées : « Sur 1 369 observations, il a été constaté 96 retards (soit 7,01 %) et 199 avances (soit 14,74 %) ». Ce n’est pas acceptable, il faut mener un vrai travail de concertation, de mise en synergie entre TCAR et VTNI.

– Concernant les lignes scolaires : Rappelons qu’elles peuvent être empruntées par des usagers non scolaires. En outre ce dispositif n’est pas toujours connu des conducteurs.

– Concernant la vitesse commerciale : 18 km/h en 1996, mais 17 en 2009 : il faut rouvrir les couloirs bus+taxis+vélos rouennais.

– Concernant l’évolution des voyages par lignes : En page 46 figure une courbe décroissante inquiétante de l’évolution des voyages sur les lignes bus TCAR, il est vrai compensée par une courbe montrant une forte croissance sur les lignes TEOR (+4%). Cela montre le succès, tant économique qu’environnemental des TCSP. Pour cause de saturation du métro la fréquentation du métro baisse de 2 %, l’arrivée de nouvelles rames est attendue (elle était prévue depuis le PDU de 2000), la « cagnotte » prévue à l’époque n’a pas été approvisionnée. Inquiétante est la baisse sur les 2 lignes du plateau est (ligne 21 : -5,3% ; ligne 13 : -6%), conséquence de la périurbanisation, de la socialisation uniforme et du mitage du territoire par des lotissements, et surtout du verrou de la côte de Bonsecours et du franchissement de la place saint Paul ! On le sait, l’urbanisme et la mobilité sont indissociables, encore faudrait-il une politique globale de l’urbanisation.

– Sur les ventes de titres de transport : C’est un succès pour les cartes annuelles (ASTUCE), on regrette que l’augmentation 2010 ait pénalisé les usagers fidèles. Notons le manque de connaissances de la carte in cité (-24%), où elle reste confidentielle, une meilleure communication nous semble indispensable. Mais il reste encore 25% de cartes 1 voyage, cela montre qu’il faut communiquer sur les tarifs TCAR ; peu de gens savent que la carte 10 voyages a une validité sans limite.

– Sur le parc : Une forte inquiétude, les Evobus 36 standard et 9 articulés ont plus de 11 ans, qu’est-il prévu pour leur renouvellement ? Cette question, posée régulièrement, est pourtant fondamentale pour le réseau 2013.

– Sur la gestion des procès-verbaux voitures : Les mesures et le développement de l’activité « verbalisation véhicule » semblent indispensables, particulièrement autour des points noirs du réseau (comme à la gare RD de Rouen où la neutralisation de 2 à 3 places de stationnement sauvage améliorerait considérablement la fluidité du trafic des lignes 4, 8 et 11 !).

– Sur la promotion des Plans de Déplacements Entreprise : On ne peut que s’en réjouir, il faut étendre ce dispositif au PDES (Plan de Déplacement des Etablissements Scolaires) et PDU (Plan de Déplacement Universitaire).

– Sur le cadencement TEOR : De même le 10ème scénario : Continuité de service sans notion d’heures creuses en journée pour améliorer la lisibilité de l’horaire et inciter fortement la clientèle à se déplacer en cours de journée n’a pas été retenue, pourquoi ?

– Sur les perspectives d’amélioration : Il faut continuer la promotion indispensable des TC et favoriser le report modal de la voiture personnelle vers les transports en commun. Il est impératif d’intégrer progressivement le vocabulaire des transports en commun dans nos supports : fréquence de passage, ponctualité, amplitude horaire, site propre, tarification sociale, parcs de dissuasion.

Pour conclure, ce rapport annuel, qui ne fait l’objet d’aucun commentaire de la commission adéquate, est fondamental pour l’orientation future de notre mobilité. On le sait, les agglomérations qui sauront faire face aux défis économiques, sociaux et environnementaux du 21ème siècle sont celles qui auront répondu intelligemment à la demande de mobilité alliée à un urbanisme responsable.

CONSEIL DE CREA DU 28 JUIN 2010 : NOS POSITIONS ET INTERVENTIONS

> MILIEUX NATURELS ET TERRES AGRICOLES

 La CREA propose d’ouvrir de nouvelles terres agricoles et espaces naturels à l’urbanisation sur la commune d’Hénouville.

Pour apprécier cette décision il est important d’avoir en mémoire qu’Hénouville est située dans le Parc naturel des boucles de Seine, au sein de la Boucle de Roumare en cours de classement  et dans le périmètre de contrainte du futur SCOT (schéma de cohérence territoriale) en cours d’élaboration qui normalement interdit toute nouvelles urbanisation tant qu’il n’est pas finalisé.

Cette décision discrédite les discours de la CREA en faveur de la lutte contre l’étalement urbain et porte atteinte à la crédibilité tant de la procédure de classement des Boucles de la Seine que de l’élaboration du SCOT.

Le groupe des élu-es Verts et apparenté-es votera contre cette délibération.

> « ECO »QUARTIER FLAUBERT

La CREA proposera au vote de ce Conseil la création d’une SPLA (Société Publique Locale d’Aménagement) chargée de piloter le développement du futur quartier Flaubert.

Si le groupe des élu-es Verts et apparenté-es est favorable au statut retenu il s’étonne du mode de gouvernance de cette structure et des missions qui lui sont attribuées par ses statuts.

En effet, un « éco quartier » se caractérise principalement par la place accordée à l’environnement et à la participation de ses résidents. Ce n’est pas le cas de cette SPLA dont le Conseil d’administration restreint ne laisse aucune place aux habitants ni à la société civile et dont les objectifs qui lui sont assignés sont pour l’essentiel très éloignés des préoccupations environnementales. Cela a au moins le mérite de la clarté sur  la réalité des ambitions environnementales de la CREA pour le quartier Flaubert.

Le groupe des élu-es Verts et apparenté-es votera contre cette délibération

> OPERATEURS D’ENERGIE : UN TICKET D’ENTREE DANS LES COMMUNES !

Le Conseil devra se prononcer sur la mise en place de partenariats avec les opérateurs d’énergie ERDF et GRDF sur des missions de conseil à l’aménagement urbain. Bien que gratuits, ces partenariats ne sont pas sans poser question.

Pourquoi un tel partenariat gratuit ? L’intérêt économique est évident à réaliser cette prestation d’accompagnement. Ce travail de lobbying vise à orienter les choix énergétiques des communes.

Le dossier GrDF parle d’ailleurs de prise en compte de la protection de l’environnement via le « mix énergétique ».  Traduire consommer du gaz est bon pour l’environnement. Rien de moins qu’une incitation à restreindre le choix à la seule alternative gaz et électricité. Cette position est inacceptable pour les élu-es Verts et apparenté-es de la CREA, en lien avec le combat contre le terminal méthanier d’Antifer. Nous ne pouvons accepter l’institutionnalisation de tels partenariats.

Le groupe des élu-es Verts et apparenté-es votera contre ces délibérations

> LE SCANDALE DES TARIFS DU TRANSPORTS COLLECTIFS

 La CREA se distingue une fois de plus en matière de politique des transports en soumettant ce jour en Conseil une augmentation globale de 3,1% des tarifs à compter du 1er septembre 2010 qui tranche en période de crise.

Elle justifie cette augmentation par la nécessité d’accélérer la mise en œuvre du réseau de transport unique sur lequel les voyageurs seront munis de titre unique et des améliorations sensibles de l’offre de transport.

Ces augmentations constituent une véritable injustice au regard de l’évolution du coût de la vie. En effet, l’inflation en 2009 était de 0,1% et les prévisions 2010 sont de 2% ce qui contraste avec l’augmentation de 4,5% des abonnements mensuels et annuels !

Enfin, on peut s’interroger sur la portée pédagogique d’une telle décision qui associe l’amélioration de la qualité des services publics à une forte augmentation des tarifs. Après cela il y aura-t-il encore un usager favorable au développement des transports en commun ?

> LANCEMENT DU PLAN LOCAL D’EDUCATION A L’ENVIRONNEMENT

La CREA lancera à l’occasion de ce Conseil son plan local d’éducation à l’environnement sous le pilotage de Marie Savoye, conseillère communautaire déléguée à l’éducation à l’environnement.

Ce vaste chantier, qui touche des sujets aussi variés que les déplacements, l’air, l’eau, les déchets, la préservation des espaces naturels vise avant tout le jeune public, futurs éco citoyens.

Le groupe des élu-es Verts et apparenté-es votera pour cette délibération.

> CONTOURNEMENT EST ET AXE SEINE

Le Président fera un point sur le contournement Est et l’axe Seine (ferroviaire) en réunion des Vice-Présidents.

C’est l’occasion pour le groupe des élues Verts et apparenté-es de rappeler ses positions sur ces deux sujets.

Son opposition au projet s’appuie de contournement Est non seulement sur son coût prohibitif, un milliard d’euros, ses nuisances  environnementales, l’absence d’impact significatif sur la circulation, mais aussi sur son délai de réalisation, 2025, soit bien après le pic du pétrole.

Le contournement Est plus que jamais un anachronisme. Il est urgent de réaffecter les crédits provisionnés à la réalisation de transports en commun.

Concernant l’axe Seine et la ligne LGV, le groupe est favorable à la proposition de ligne à haute performance réalisée dans des coûts et des délais raisonnables. Il est cependant opposé à toute solution qui consisterait à créer une ligne nouvelle pour  mettre Le Havre à 1h15. Le coût serait prohibitif pour les pouvoirs publics, entre 7 et 9 milliards d’euros, mais gageons-le également pour les utilisateurs, qui verront le prix de leur billet augmenter. Sans compter que le développement d’une ligne LGV risque de se concrétiser au détriment des lignes régionales.

Il y a urgence à régler les difficultés des usagers du train et du fret. Aussi, le groupe des élu-es Verts et apparenté-es appelle ses collègues à ne pas céder aux sirènes des « trains magiques ».

LA VERITE A LA VIE DURE !

DROIT DE REPONSE SUR LE VOTE DU BUDGET PRIMITIF DE LA CREA

[COMMUNIQUE DE PRESSE –  27 mai 2010]

Dans l’édito du magazine de la CREA, son Président, Laurent Fabius, déclare que le budget a été voté à l’unanimité.

Le Président a une curieuse conception de l’unanimité. En effet, les élu-es écologistes ont voté contre le budget des zones d’activités économiques et se sont abstenu-es sur le budget transport.

 Le budget de la CREA se compose d’un budget principal et de budgets annexes qui n’ont rien d’accessoires, tant sur le champ d’action (eau, économie, transport) que sur leur montant (77 M€ à titre d’exemple pour le seul budget transport).

 Si les élu-es écologistes ont bien voté le budget principal, cela ne peut masquer les divergences de fond sur les budgets opérationnels de l’agglomération.

 Les élu-es écologistes ont décidé de voter contre le budget des zones d’activités économiques. Cyrille Moreau, le Président du Groupe est intervenu dans ce sens : « Alors que la priorité devrait être la résorption des centaines d’hectares de friches industrielles présentes sur notre territoire, nous refusons de soutenir la réalisation de nouvelles zones d’activités en périphérie, sur des terres agricoles ou naturelles, sans connexion avec les transports en commun ni prise en compte de la nécessaire conversion écologique de l’économie ».

 Parallèlement les élu-es écologistes se sont abstenu-es sur le budget transport. La CREA investit deux fois moins que les autres agglomérations de taille comparable. En effet, le minimum est d’investir sur le réseau la recette du versement transport, taxe versée par les entreprises. Pour la CREA, cette recette est de 70 Millions d’euros. Or, l’investissement de la CREA n’est que de 36 millions d’euros.

 Pourtant, notre Agglomération est en retard dans ce domaine. Le réseau d’agglomération est sous-développé, se traduisant par une fréquentation de 100 voyages par habitant et par an contre une moyenne nationale de 150, et même de 200 pour les villes les mieux équipées.

Les élu-es écologistes appellent le Président de la CREA à plus de vigilance et de respect sur les positions des groupes politiques. Ils saisissent cette opportunité pour rappeler la nécessité d’engager les grands chantiers de la conversion écologique de notre agglomération. C’est la condition pour qu’elle puisse un jour réaliser l’ambition de son Président: devenir la première « éco-communauté de France ».

 Cyrille Moreau

Président du groupe des élu-es Verts et apparenté-es de la CREA

 

* RAPPEL DE POSITION DE VOTE DU BUDGET : Vote dissocié

> BUDGET PRINCIPAL : POUR

> BUDGET ZAE : CONTRE

> BUDGET TRANSPORTS : ABSTENTION

CREA ? La vision du groupe des élus Verts et apparentés de la CAR

[Conseil du 9 juillet – Intervention de Cyrille Moreau, Président du groupe des élus Verts et apparentés – Approbation de l’arrêté de périmètre et des statuts de la future CREA, Communauté Rouen Elbeuf Austreberthe]

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour engager le premier acte qui doit conduire à la création d’une Communauté d’agglomération élargie.

Le chemin est encore long avant que ne soit publié l’acte de naissance de la nouvelle Communauté, mais c’est dès maintenant que nous devons mettre au débat, ici dans cette enceinte mais également, à l’extérieur avec les habitants de nos communes, les raisons qui justifient le rapprochement entre nos quatre intercommunalités. L’argument qui revient le plus souvent est qu’ensemble on est plus fort. Plus fort pour porter des projets, pour affronter les épreuves, pour préserver notre territoire. La notion de « vivre ensemble » est au cœur du projet politique de la gauche et de l’écologie politique, et à l’opposé de la droite qui prône le chacun pour soi. C’est pour cela que sans détour, j’indique dès maintenant la position de notre groupe des élu-es Verts et apparenté-es de l’Agglomération de Rouen : nous sommes favorables au projet de Communauté élargie. Cependant, au delà des considérations territoriales et financières, c’est notre identité commune qui constitue le  véritable moteur de ce rapprochement.E n effet, pour réussir ce projet de Communauté nous devons clairement identifier ce qui nous rassemble sans nier nos différences qui sont aussi une source de richesse : concilier urbanité et ruralité, logique industrielle et logique résidentielle. Mais au-delà de ces nuances que notre territoire possède, nous partageons la même histoire sur laquelle il est important de se pencher pour faire ressortir notre identité commune.

Notre territoire est avant tout marqué par son histoire industrielle qui a conduit à une certaine différenciation entre la rive droite et la rive gauche, séparées par la Seine, ligne de démarcation plutôt que trait d’union. A la rive gauche, la fonction de production avec ses zones industrielles ; à la rive droite, les fonctions de loisirs et ses zones résidentielles. C’est sans doute ce statut quo qui a conduit notre agglomération, autrefois prospère, sur le chemin d’un long déclin. La conséquence la plus dommageable de ce Yalta normand est le gel de construction de logements sur la commune centre, décrétée ad vitam et æternam musée centriste. Cela a conduit à la désastreuse politique d’étalement urbain, les classes moyennes et populaires étant contraintes de s’exiler toujours plus loin.

L’étalement urbain, voilà notre premier trait de caractère commun à notre territoire. On retrouve difficilement ailleurs une situation aussi exacerbée. Sur les 700.000 habitants du bassin de vie de Rouen, seul un habitant sur sept vit sur la commune centre, et un sur deux dans le centre urbain. Le prix à payer pour les errements du passé est très lourd : destruction des espaces naturels et ruraux, étranglement financier des communes incapables d’assumer les charges des services publics de proximité, multiplication des déplacements qui conduit à une saturation des infrastructures de transport, dégradation générale des conditions de vie liée en particulier aux pollutions et nuisances. C’est ce défi que nous devrons relever. Malheureusement ce n’est pas le seul car notre territoire est marqué par un autre trait de caractère fort qui nous amène à remonter à l’après guerre. A l’époque, le gouvernement décidait de faire de la Seine Maritime l’un des bassins industriels qui allait contribuer à l’effort de reconstruction nationale. On en perçoit la logique : avec ses deux ports maritimes reliés par la Seine, notre département était idéalement placé devenir le complexe industrialo-logistique de l’Ile de France. N’injurions pas le passé, ce choix a un temps fait la prospérité de notre région et de notre agglomération qui a connu une croissance sans précédent. Mais ce modèle, celui de la croissance infinie qui épuise les ressources, appartient au passé et on peut constater le prix élevé que notre territoire doit maintenant payer. Notre agglomération et par extension notre département et notre région connaissent plus de chômage qu’ailleurs, plus de précarité, plus de ménages touchés par la pauvreté, plus de sous-qualification professionnelle, mais aussi plus de maladies liées aux pollutions et de surmortalité. Notre agglomération vit sous la menace d’un séisme social, les activités industrielles étant les plus fragilisées par les crises que traverse le système économique mondial. Pendant longtemps notre industrie a bien résisté à la concurrence internationale, grâce en particulier à d’importants gains de productivité. Mais le système à ses limites et à moins d’innovations technologiques majeures, elle va se trouver gravement menacée par la concurrence des pays émergents faisant courir le risque de fermeture de pans entiers de secteurs d’activités.

 C’est le second trait de caractère de notre territoire, un tissu économique fragilisé qui impacte fortement notre environnement et notre cohésion sociale.

Voilà une vision bien sombre de notre territoire me direz-vous. Rassurez-vous, j’ai gardé le meilleur pour la fin.

En effet, notre territoire possède un troisième trait de caractère qui n’est suffisamment valorisé : notre patrimoine.

 Qu’il soit historique ou naturel il est en tous points exceptionnel ! Notre agglomération est riche de ses maisons à colombages, églises, fermes normandes, clos masures qui font la fierté des rouennais et l’émerveillement des visiteurs. Elle n’est pas en reste non plus en termes de milieux naturels, certes altérés, qui en font l’une des destinations de villégiature préférées de nos  voisins parisiens, même si, j’en conviens, certains préfèreraient que notre patrimoine naturel soit un peu moins riche surtout quand il s’agit de la violette de Rouen. Trop souvent on  marginalise l’importance de ce patrimoine que d’aucun considère aller de soit et immuable. C’est une erreur. Il est un élément déterminant de la qualité de vie de nos concitoyens. Il constitue également un potentiel de développement économique extraordinaire. Cependant, si nous continuons à le compter pour valeur négligeable, nous risquons de le laisser se dégrader jusqu’à un point de non-retour. Il ne nous restera plus alors que nos yeux pour pleurer et regretter e bon vieux temps. La richesse de notre patrimoine historique et naturel, est le troisième pilier de notre identité commune. Voilà ce qui à notre sens fonde notre communauté : un même passé industriel, un étalement inconsidéré et un patrimoine exceptionnel. Le projet de communauté élargie qui nous réunit aujourd’hui est l’occasion d’en prendre acte pour tourner une page de notre histoire et prendre un nouveau départ.

 Nous devons saisir l’opportunité qui s’offre à nous de bâtir un nouveau projet d’agglomération en relevant quatre défis : Favoriser la création d’emplois pérennes et de qualité pour tous ; Donner accès à des logements sains et à loyer modéré en centre d’agglomération pour tous ceux qui le souhaitent ; Garantir une mobilité rapide et bon marché ; Offrir cadre de vie de qualité dans un environnement préservé.

 Pour y parvenir la future agglomération élargie devra mener à bien plusieurs chantiers :

Tout d’abord, réglementaire. Ce n’est pas très passionnant mais c’est un point essentiel. Nous sommes en pleine révision de notre schéma directeur et il apparaît très clairement que les agglomérations les plus attractives, que ce soit d’un point de vue économique, résidentiel ou de qualité de vie, sont celles qui ont su se doter de règles d’aménagements claires et cohérentes. Nous faire de même dans le cadre de notre chantier d’élaboration du notre futur SCOT, Schéma de cohérence territoriale en mettant un terme au laisser-faire du passé pour préserver nos espaces naturels,  j’en profite pour rappeler l’importance du classement des boucles de la Seine, organiser les déplacements et définir les fonctionnalités urbaines.

Ensuite, foncier. En lien direct avec le précédant chantier, nous devons nous réapproprier notre foncier. On peut élaborer toutes les politiques publiques que l’on souhaite, si on ne maîtrise pas le foncier elles resteront lettre morte. Notre agglomération devra impérativement se doter d’une politique de maîtrise foncière d’agglomération pour permettre le développement de logements à prix modérés, permettre la réalisation d’axes structurants de transports en commun et conserver les emprises nécessaires au développement d’espaces de loisirs et d’espaces agricole maraîchers de proximité.

 Autre chantier, celui des déplacements. En misant sur le « tout routier », notre agglomération est parvenue à la saturation de ses infrastructures routières. Les habitants de l’agglomération sont les premiers à en payer le prix, mais cela affecte également l’activité de nos entreprises. Plutôt que de poursuivre la fuite en avant qui consiste à vouloir adapter les infrastructures à la croissance du trafic, politique ruineuse et illusoire, nous devons opter pour une approche radicalement différente, développer un ambitieux réseau de transports en commun. Nous sommes très en retard dans notre agglomération, avec l’un des réseaux les moins développés de France. Les chiffres sont sans appel : là où les autres agglomérations comptent 200 déplacements par habitant et par an nous en avons la moitié. Là où ces mêmes agglomérations investissent par an l’équivalent du versement transport des entreprises, nous investissons le tiers. Pourtant les transports en commun sont in-dis-pen-sables au développement et à la qualité de vie des agglomérations modernes. Ils permettent le développement de l’activité économique, ils sont le mode de déplacement le moins coûteux, ils préservent notre environnement et notre santé, ils favorisent un développement harmonieux des agglomérations. Les projets prioritaires à développer sont connus. Sur l’agglomération de Rouen un axe en site propre Nord Sud, allant du Madrillet à la plaine de la ronce, mais également un axe Est Ouest qui reliera la future gare au quartier Flaubert sans oublier les prolongements nécessaires de lignes de métro et de TEOR vers l’est. Mais nous devons également créer des solidarités avec les territoires avec lesquels nous allons fonder la grande agglomération : il nous faut développer un « tram train » Nord Sud d’Elbeuf à Barentin, et un autre d’Est en Ouest, de Serqueux à Rouen. Enfin, il faudra également accélérer le développement des parkings de dissuasion, créer un service de transport à la demande, un service public de la mobilité douce, favoriser le covoiturage, réouvrir les couloirs bus, améliorer la qualité de service sur les lignes de bus…. Le chantier est colossal, mais il est la condition nécessaire, au renouveau d’une agglomération en déclin.

 Dernier chantier et pas des moindres : la conversion écologique de notre tissu économique. Personne ne niera l’importance du Port de Rouen, de la logistique et de l’industrie dans l’économie de notre l’agglomération. Mais on se doit également de rappeler que la richesse de notre territoire se traduit paradoxalement par un taux de chômage supérieur à la moyenne et une paupérisation des ménages plus forte. Il est évident que la force de notre tissu industriel se fait pour partie au détriment de l’emploi tertiaire. Nous comptons 10% d’emplois tertiaires de moins que dans les autres agglomérations, ce qui explique sans doute pour partie l’exode des étudiants en fin de cycle et l’hémorragie des sièges sociaux. Cette réalité est d’autant plus inquiétante que notre tissu industriel est un géant au pied d’argile qui menace de vaciller. Nous devons dès maintenant anticiper l’avenir et faire de nos faiblesses relatives des forces. Notre agglomération est un nœud logistique ? Aidons les professionnels à passer de la route au fluvial et au ferroviaire. Nous comptons de nombreux acteurs du BTP ? Soutenons-les à devenir les champions de la construction écologique, des maisons passives ou à énergie positive, pour que demain Rouen soit connu comme la Silicon Valley de l’habitat écolo. L’industrie automobile emploie 20.000 salariés ? Mettons à profit la richesse de ce tissu économique, en ingénieurs, techniciens, PME pour inventer de nouvelles applications : construction de voitures écologiques, de rames de transport en commun, mise en œuvre des projets de déconstruction navale. Je ne vais pas passer en revue tous les secteurs d’activités de notre tissu économique, vous aurez compris ce que l’on entend par conversion écologique de notre économie. Mais il ne faudra pas s’arrêter là. Au coté des « vieux secteurs » qui doivent faire leur mue et prendre un nouveau départ, il faut favoriser l’émergence, la structuration et le développement des nouveaux secteurs qui répondent aux attentes du 21ième siècle : énergies renouvelables, éco- tourisme, agriculture biologique, mobilité douce, etc.

Voilà les quatre chantiers que nous souhaitons positionner au cœur du projet d’agglomération élargie : un aménagement cohérent, un foncier maîtriser, des déplacements apaisés, des emplois durables.

 C’est une nouvelle façon de vivre ensemble que nous devons réinventer. C’est en posant les fondations de notre future maison commune que l’on doit poser le débat de notre identité et de notre projet. Nous avons un peu plus d’un an d’ici à la renégociation du contrat d’agglomération, qui se situera à mi-mandat. Le moment sera alors venu de définir nos nouvelles priorités et de porter haut nos nouvelles ambitions pour que notre grande communauté devienne réellement la première éco- agglomération de France. Un territoire où il fasse bon vivre, où il soit facile de s’y déplacer et où nos enfants aient la garantie de trouver un emploi durable respectueux de leur personne et de leur environnement.

Je vous remercie.